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lundi 20 décembre 2010

Qu'on aime Ouattara ou qu'on ne l'aime pas...

Je me suis gardé jusqu'alors d'exprimer clairement mon point de vue sur la crise postélectorale en Cote d'Ivoire. Par prudence certes, parce que j'ai des amis ivoiriens dont j'ignore le positionnement. Mais aussi par dépit. Car comme le disent les magiciens : "On a tout fait, on a parlé, mais vraiment rien n'a changé".

Ces quelques lignes ne sont donc pas pour la Côte d'Ivoire mais pour mon pays, le Togo, et ses enfants les conducteurs.

Voici un homme dont on dit qu'il n'est pas Ivoirien, qui pourtant a été un jour Premier ministre de la République. A la mort de son mentor, il a fait des pieds et des mains pour lui succéder, contrairement aux dispositions constitutionnelles. Ses adversaires ont monté mille et une artifices pour l'empêcher d'être simplement candidat. Cependant, il finit par obtenir de haute lutte le droit d'être électeur et éligible et se présente à l'élection présidentielle de 2010, comme tout citoyen soucieux d'apporter sa pierre à l'édification de sa Nation.

Des qualités, il en a peut-être trop au point qu'on lui prête d'être l'instigateur du coup d'état de 1998 et le financier de la rébellion de 2002. Qu'on l'aime ou qu'on le déteste, Alassane Dramane Ouattara est un leader admirable. Il faut être stupide pour ne pas désirer un tel dirigeant pour son pays.

Pour 2015, je rêve d'un ADO pour le Togo. Un homme aux compétences indiscutables, au parcours politique exemplaire qui a su s'entourer d'une équipe gagnante et qui au final a l'estime de la communauté internationale (id si ita est).

On ne naît pas ADO, on le devient par la ténacité au travail et la persévérance dans la lutte. Amen !

mardi 5 octobre 2010

Où étiez-vous le 05 octobre 1990 ?

C'était un vendredi. J'étais au collège ce matin quand une horde de jeunes venue de nulle part s'introduisit bruyamment dans l'établissement. Comme des fous furieux, ils nous ont ordonné de vider les lieux au risque de subir une répression. A peine dépassait-il la dizaine. Mais ils étaient si déterminés que nous avons dû obtempérer. Tout confus, nous sommes rentrés chez nous, nous demandant ce qui nous arrivait en ce début de "quatrième heure".

J'ai gardé un mauvais souvenir de ce jour parce que dans notre fuite, nous avons laissé derrière nous le prof d'anglais et quelques téméraires. Le cours a bel et bien eu lieu ainsi qu'un devoir de contrôle. Et tous les absents ont écopé d'un zéro. J'étais tellement remonté contre ce prof que je lui ai dit, avant sa mort, que je considérais cela comme une injustice. Néanmoins, j'éprouvais pour lui un attachement. R.I.P Fo-Lonlon Dzedzikou !

Peu de temps après, les discussions dans la cour ne portaient que sur la politique. Un groupe de pros et de cons multipartisme s'était formé. A l'époque, je militais contre le multipartisme synonyme de désordre, d'anarchie et de violence. Nous pensions que le monopartisme était gage de stabilité.

La Conférence nationale souveraine nous a fait changer d'avis mais on demeurait persuadé, jusqu'à aujourd'hui d'ailleurs, que la violence est antinomique de la gouvernance. Et puis on s'inquiétait déjà l'époque de la violation de nos droits. Je fus élu secrétaire adjoint à l'information de l'Association togolaise pour la défense des droits de l'élève.

Vingt après, je crois que fondamentalement nous avons reculé. Enfin, c'est mon avis !
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Billet en hommage à Doglo Agbelenko, Logo Dossouvi et à leurs compagnons

lundi 30 août 2010

Où sont les contre-pouvoirs ?

Dans son récent billet[1], le blogueur Wolali Ahlijah malmène les démocrates togolais. "Hébétés, ils se réfugient derrière les communiqués et les dénonciations qui glissent comme de l’eau sur le dos d’un canard devant un pouvoir qui se croit omnipotent". Ce passage me met hors de mes gonds (non contre l'auteur) et me fait poser cette question abrupte : Où sont les contre-pouvoirs au Togo ?

Enfin, regardez autour de vous et dites-moi quelle institution ou organisation togolaise peut contrebalancer les dérives dictatoriales de l'exécutif togolais. Le pouvoir dispose d'une majorité confortable au Parlement pour faire passer la plupart des textes législatifs, d'une justice aux ordres qui est même incapable de soulever l'inconstitutionnalité d'une simple lettre d'un Ministre interdisant les marches les jours ouvrables et de dire toujours le droit, d'une Haute autorité de l'audiovisuel et de la communication qui travaille en sens unique et se prend parfois pour le gendarme des médias... Bref, toutes les institutions républicaines ont failli. Ce qui n'est pas surprenant dans un pays comme le nôtre qui cherche désespérément la rampe d'amorce démocratique.

Venons-en maintenant aux autres contre-pouvoirs. Je commencerai volontiers par les médias. Le niveau est relativement bas, en cause plusieurs facteurs. Le divertissement prend le pas sur la formation de l'opinion publique. Comme j'étais abasourdi, il y a quelques temps, en regardant un programme interactif. L'animatrice annonce le sujet du jour : Une jeune femme qui aurait fait une infidélité à son mari, en voyage. Que faire alors qu'elle est enceinte de cette relation coupable ? J'ai aussitôt éteint mon poste téléviseur.

Revenons à nos moutons, la presse écrite fait des efforts. Les plus méritants sont récompensés par la notoriété de leurs titres mais restent que les ventes suivent. Or puisque ces efforts ne sont pas toujours payants en termes financiers, bonjour les dérives "titrologiques" et les articles calomnieux. Oui pour une presse de combat dont les investigations mettent à nu les dérives du système en place. Mais non à la désinformation !

Poursuivons ce parcours par les organisations de défense des droits humains. Ma foi, elles ont totalement déçu les attentes. Si une certaine Commission nationale des droits de l'homme (CNDH) et la Ligue togolaise des droits de l'homme (LTDH) se sont illustrées positivement dans les années 1990, aujourd'hui elles ne sont plus que l'ombre d'elles-mêmes. J'ai envie de dire qu'elles sont inefficaces [2]. Les communiqués dénonciatrices ne feront rien si elles ne prennent pas leur courage à deux mains pour investir l'arène publique.

Qu'est devenu le Barreau de Lomé ? Les syndicats, les organisations confessionnelles ? Enfin, comme le dit mon ami Juste, une société civile forte est le catalyseur de toute construction démocratique. En l'espèce, la société civile est introuvable d'où la nécessité de décréter l'an zéro des contre-pouvoirs au Togo.

[1] Billet consultable uniquement sur Facebook.
[2] Y compris, le Collectif des Associations en lutte Contre l'Impunité (CACIT) dont la seule évocation m'exaspère.

lundi 16 août 2010

Rassurez-vous, tout va bien !

Perdre ses droits civils et politiques, c'est pas drôle mais je crois en éprouver l'effet en me mettant dans la peau des militants de l'Union des Forces de Changement.

Mardi, un courant de mon parti a voulu organiser un congrès. Il a été interdit sous le prétexte fallacieux que :
La seule convocation régulière du congrès est celle revêtue de la signature du Président National en l’occurrence celle du 12 août 2010.
Bravant cette interdiction, je me suis porté le jour-j au lieu du congrès. Nous avons été bastonnés et gazés, sans ménagement. Ma liberté de réunion vient de m'être retirée par le gouvernement.

Ce même-jour, la revendeuse de riz de mon quartier a été appréhendée devant sa marchandise par les forces de sécurité, détenue à la DPJ puis déférée quelques jours plus tard à la prison civile. On lui reproche ses critiques contre le régime. Point de liberté d'expression.

Le lendemain, j'ai décidé de remettre mon sort à l'Eternel en l'Eglise méthodiste de Hanoukopé. Quelques heures avant mon arrivée, le lieu du culte a été assiégé par les forces de sécurité. Le pauvre Folikpo, à qui l'on reproche un "geste insultant" a été saisi au collet, sur les lieux, sous mes yeux, et jeté comme un vulgaire bandit dans une fourgonnette. Quant à moi, je n'eus de salut qu'en détalant de toutes mes forces. Ma liberté de religion a vécu !

Le samedi, j'ai voulu manifsester contre la réélection de Faure. On m'en a empêché. Bastonnade et gazage à nouveau : c'en était fini pour ma liberté de manifestation.

Quand je pense que tout ceci s'est passé entre le mardi et le samedi, j'en conclus qu'un record a été battu. Dieu a créé le monde en 6 jours. Il n'a fallu que 5 pour remettre en cause les libertés publiques, dans mon pays.

Un jour de plus, et les libertés individuelles seront définitivement sacrifiées. Ainsi va notre monarchie dynastique... elle se porte à merveille !

vendredi 6 août 2010

Université : le coma profond

Ces dernières années, j'ai vu les énormes changements survenus dans la gouvernance universitaire au Togo, aussi et surtout dans l'offre d'enseignement supérieur. On ne peut s'en réjouir... Mon ami Charles rétorquera que chaque génération a tendance à magnifier son époque. Peut-être oui mais aujourd'hui je fonde mon analyse sur des faits tangibles.

29 juillet : Un communiqué du président de l'Université annonce le début des inscriptions pour les anciens et nouveaux étudiants pour le 02 août 2010. Au 06 août 2010, les anciens étudiants n'ont pas encore fini leurs évaluations.

Le même communiqué annonce que le 13 août aura lieu une séance d'information pour les nouveaux bacheliers désireux de s'inscrire à l'Université de Lomé. Curieusement, cette séance aura lieu 11 jours après le début des inscriptions. Habituellement, l'information des nouveaux bacheliers donne le ton aux inscriptions. Cette année, on innove :(

L'année dernière, la réforme LMD (Licence Master Doctorat) a démarré effectivement. Bilan décevant : de travaux dirigés supprimés, s'ils ne sont programmés durant les évaluations. Des évaluations qui sont organisées tous les jours de la semaine, dimanche inclus. Bref, une grosse pagaille que les étudiants ont surnommé "Laisse-Moi-Dormir". (Eux-seuls sauront expliquer pourquoi)

Cette comédie universitaire n'est pas propre à notre pays. Ambroise Kom lui consacre la 4ème partie de son ouvrage Education et démocratie en Afrique : Le temps des illusions, que je dévore en ce moment. Invitation à la lecture !

mardi 3 août 2010

Détour par la Maison des esclaves

Maison des esclaves, AgbodrafoDimanche matin, un détour par la Maison des esclaves avant de prendre la route pour le Bénin. Le Bénin qui célèbre en ce 1er août, le cinquantenaire de son indépendance.

Si vous vivez au Togo et vous n'avez jamais entendu parler de la Maison des esclaves (Wood Home, c'est son surnom), c'est l'occasion de planifier une visite. Une maison perdue parmi tant d'autres dans la localité d'Agbodrafo.

Derrière un lourd portail, un bâtiment en ruine. Notre guide s'élança dans une cour attenante et revint avec le conservateur. Ce dernier nous accueille avec une mine grave et nous raconte par le menu le récit de la traite négrière à Agbodrafo.

Ici, le commerce des esclaves s'est déroulé dans la clandestinité. Les négriers ont construit loin des habitations et dans la forêt. Et c'est dans ce gîte qu'ils opéraient bien évidemment avec des complicités locales et surtout à la barbe de toutes les familles et notabilités qui n'osaient lever le petit doigt. Immonde tout ça ! Rapportez tout ceci à notre condition politique actuelle. Toutes ces années qui sont passées, on n'a pas changé !

Les photos sont ici : Maison des esclaves à Agbodrafo

lundi 26 juillet 2010

BAC 2010 : Pourquoi un résultat si misérable ?

J'AI UN BAC HYPER... RAREQuelques lignes sur le baccalauréat. J'ai eu la chance de m'entretenir longuement pendant et après la correction avec un enseignant, en poste au secrétariat du BAC. Une position privilégiée pour voir tout.

La main sur le cœur, il m'a confié que le gouvernement ne s'est immiscé ni de loin, ni de près dans le processus, ce qui aurait pour incidence un dénaturement des résultats. Pourquoi 38,25% ? Les enfants n'ont pas travaillé, répétait-il.

Il y a donc 62 ignares sur 100 élèves dans nos salles de classes (c'est ce que ça veut dire !). Je ne crois pas. Il y a un problème ou des problèmes. Soit les cours passent mal, soit l'évaluation n'est pas juste, ou ...

Pour être moi-même sorti du système de haute lutte (à peine 20% à l'époque), je devrais être prompt à fustiger l'évaluation. Que nenni ! Treize ans plus tard, j'ai la conviction que les échecs en cascade aux examens sont le fait d'un système éducatif décadent qu'il faut réformer de fond en comble. C'est-à-dire dans sa globalité parce que quand le mal a atteint les os, tout traitement de la peau n'est qu'un vain palliatif.

Félicitations aux heureux lauréats... courage aux autres !

mardi 29 juin 2010

Légitime pouvoir non ?

Lors de la campagne pour la présidentielle du 4 mars, je croise dans la circulation un ami, bon pas un grand ami, néanmoins une connaissance avec qui j'ai eu l'occasion de travailler un jour. Ce matin-là, il portait le T-shirt de l'un des candidats et était à bord d'un véhicule. Aussitôt qu'il me vit, il détourna son visage. Assurément, il avait honte que je le vis dans cet accoutrement qui ne lui ressemblait pas du tout. Vraiment pas du tout ! Cela me fit réfléchir pendant toute une journée.

C'est vrai que je rase parfois les murs mais mon entourage sait ce que je pense du pouvoir de Lomé. Je suis un opposant et c'est réciproque comme je me le suis fait dire par un ami, encore un, qui a eu la malchance de présenter mes écrits dans une représentation diplomatique du Togo.

Pourquoi ne pas assumer ses choix ? C'est la question que je me pose toujours quand je scrute les faits et gestes de mes compatriotes. Pour se donner bonne conscience, certains d'entre eux affirment toute honte bue, qu'ils mangent là-bas, mais votent ici... En tout cas, cette conscience ne se bonifiera jamais dans son agonie.

J'en reviens aujourd'hui parce que je n'ai pas du tout digéré que certains critiquent la dernière hausse des prix du carburant. Soit ces personnes souffrent d'une schizophrénie, soit ils font semblant de critiquer une action gouvernementale, à laquelle ils ont apporté leur soutien en votant pour son chef.

Hier à la télé, j'ai même ri quand l'un d'entre eux alléguait que le modus operandi de la hausse était malhabile. Si le pouvoir de Lomé est bon, alors toutes ses actions le sont aussi. Si vous critiquez ce pouvoir, ça veut dire que quelque chose ne va pas. Il faut un changement... et puisqu'on ne peut pas faire du neuf avec du vieux, il faut une alternance, ce qui déboule sur la remise en cause de la légitimité de ce pouvoir. CQFD par les urnes.

jeudi 15 avril 2010

Les sorciers de la république

Je me garde souvent de critiquer les journalistes. Surtout ceux de mon pays. Ayant été moi-même dans la corporation, je sais que les conditions ne sont pas réunies pour exercer librement, sérieusement et indépendamment ce métier. J'ai d'ailleurs toujours considéré que la plupart du temps, nous jouions à l'apprenti sorcier.

Et puisque l'apprenti sorcier deviendra grand, voici venir une nouvelle race de journalistes, les sorciers de la république. Je désigne sous ce vocable tous les journalistes, qui depuis la présidentielle, n'ont de cesse de rabâcher dans les médias : si Jean-Pierre Fabre a les preuves de sa victoire, qu'il nous les apporte.

Portrait-robot des nouveaux sorciers : journalisme appris sur le tas. Et c'est tout ! Ces esprits prétentieux, de la trempe des sorciers blancs décrits par Vincent Hugeux, vont jusqu'à ignorer que "leur travail est de trouver des idées de reportages, d'effectuer recherches et entrevues et de présenter le tout sous une forme intéressante".

Que vaut un journaliste qui n'effectue pas des recherches et qui se contente de publier les informations qu'on lui donne (souvent contre rémunération) au point d'en réclamer dans les colonnes de son journal et sur les antennes. En disant ceci, je ne veux nullement dédouaner Jean-Pierre Fabre qui s'est attaqué verbalement (et inutilement d'ailleurs) à ces sorciers.

Mais je remarque que ce faisant le journalisme s'est enfui par la fenêtre lorsque la sorcellerie a défoncé la porte.

mercredi 14 avril 2010

L'arbitraire et notre principe de précaution

Je me rappelle comme si c'était hier du procès des trois journalistes, Dzimas Dzikodo, Colombo Kpakpabia et Filip Evegnon, arrêtés, torturés puis jetés en prison sous Eyadéma. C'était en juin 2003. Sans vergogne, le procureur soutenait mordicus que les prévenus étaient coupables de "tentative de diffusion de fausses nouvelles".

La loi, et en l'espèce le Code de la Presse, punit la diffusion de fausses nouvelles mais la tentative n'est qu'un délit imaginaire. Difficile à prouver. Le prétoire a explosé de rires quand dans l'une des ses pirouettes intellectuelles, Gbandjagba Dabré (le procureur) arguait que le fait d'être trouvé en possession de photos dans un cybercafé préfigure la commission du délit.

Sept ans après, nous en sommes toujours là. La veille du scrutin du 4 mars, des militants de l'opposition ont été arrêtés alors qu'ils se rendaient à l'intérieur. Motif : ils pourraient appeler à la révolte et créer des troubles à l'ordre public, à destination.

Dans les jours qui ont suivi, beaucoup d'arrestations ont été opérées sur cette base et suivant le fameux principe de précaution. Il en est de même pour le démantèlement de l'unité informatique de l'UFC, de l'infiltration de sa veillée du 24 mars par des gendarmes en tenue civile, de l'interpellation d'environ 70 militants et du saccage du siège hier.

Doit-on rappeler que l'arrestation de Kpatcha Gnassingbé et de ses coaccusés obéissaient au même principe (a priori). A cette allure, aucun citoyen (à l'exception des gouvernants) n'est à l'abri d'une arrestation. Au demeurant arbitraire.

lundi 22 mars 2010

Oui il y a eu des irrégularités, mais il faut se relancer

Un ami m'a demandé hier, si la contestation de l'opposition allait porter du fruit. Entendu que je ne lance pas des cauris, ma réponse a été : je ne sais pas. Néanmoins, je n'ignore pas que de telles contestations ont permis de renverser plusieurs régimes dictatoriaux ou illégitimes. L'exemple le plus proche (en terme spatiotemporel) est bien celui du Niger où des manifestations pacifiques ont eu raison du régime tandjanesque, ou du moins, ont décidé l'armée à intervenir.

Le Niger n'est pas le Togo, me diriez-vous. Et les circonstances qui ont conduit au coup d'Etat ne sont pas les mêmes. Alors que là, un individu a violé la constitution pour se maintenir ; ici, il y a eu une élection qui a vu la reconduction de Faure Gnassingbé, à 60,88%.

Election oui, mais entachée par de nombreuses et graves irrégularités relevées par les missions d'observation sérieuses (Union européenne et Cédéao). Dans ces conditions, les résultats issus d'une pareille consultation doivent-ils être validés ? Je répondrai par oui et par non.

Oui, parce que nous sommes dans un processus d'apprentissage démocratique. Il faut valoriser les petites victoires, quelles qu'elles soient, dans l'espoir qu'elles rapprochent davantage du but. Je crois que c'est l'option choisie par la France et la Commission européenne, qui n'ont pas manqué de rappeler dans leurs messages de félicitations au "président élu" qu'il reste beaucoup à faire.

"L'apaisement des expressions du débat politique au Togo doit être salué, mais il ne saurait masquer l'ampleur des efforts qui restent à accomplir en faveur d'une normalisation de la vie politique et d'un enracinement de la démocratie dans toutes ses dimensions"

In extenso, le message de Sarkozy qu'on n'a plus besoin de commenter.

En revanche, et c'est là, mon antithèse, l'élection du 4 mars n'ayant pas été équitable et n'offrant pas à tous les acteurs les garanties de transparence, on ne devrait pas s'en accommoder au risque d'envoyer un mauvais signal dans tous les sens.

Les bastions dictatoriaux africains auront beau jeu de s'en servir comme argutie pour refréner les mouvements démocratiques. Petit à petit, ça va aller ! Et petit à petit, le peuple sombre dans la lassitude. (Dans un prochain article, je montrerai comment cette philosophie est déterminante dans certains revirements politiques).

Ma synthèse enfin, l'opposition a parfaitement raison de contester les résultats de la présidentielle. Si elle ne le fait pas, elle renonce implicitement aux valeurs qu'elle promeut. Il ne restera qu'à attendre le terrible jugement dernier, politiquement parlant !

Mais il ne faudrait pas se limiter aux manifestations. Cette période post-électorale est propice à la remobilisation des troupes à l'intérieur comme à l'extérieur, allez à la rencontre des populations avec un message clair et efficace, affûtez vos armes pour les combats à venir. Bref, il faut se relancer dans la perspective des législatives de 2012.

mardi 9 mars 2010

Je suis Togolais mais je ne suis pas con

Démantèlement du centre informatique de l'Union des Forces de ChangementUn con est une personne stupide, naïve ou désagréable. Personne n'accepterait de bon cœur qu'on le qualifie ainsi mais à se regarder dans le miroir, certains se reconnaîtront fort bien dans ce terme.

"Oh, que je suis con !" devraient-ils se dire s'ils sont honnêtes avec eux-mêmes.

A supposer que ceux qui sont cons se refusent de reconnaître leur "qualité", ils pourront au moins se poser la question suivante : "de qui suis-je le con ?", selon que l'expression populaire nous apprend qu'"on est toujours le con de quelqu'un".

Depuis la première élection pluraliste de 1998, nos parents ghanéens et nos cousins béninois se demandent toujours s'ils n'ont pas pour voisins des cons. Une causette avec eux sur la démocratie, la bonne gouvernance, les droits de l'homme, les élections et votre visage s'allongera jusqu'à traîner sur le sol (autrement dit, vous serez couverts de honte).

"Qu'est-ce qu'un Togolais peut nous dire sur la démocratie, vous qui vivez sous une monarchie dictatoriale" Je me souviens encore de cette raillerie entendue lors d'une conversation avec des collègues.

Voyez-vous, la présidentielle de 2010 nous a permis de polir notre image de con et même d'en révéler des facettes insoupçonnées. Tout y passe pour défendre le diable. Alors, si tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes électoraux possibles, comme l'affirment certains, comment justifier le démantèlement du Centre informatique de l'Union des forces de changement ?

Le site République Togolaise s'y est essayé et c'était tellement gros que mon verdict est sans appel. Encore un con !


Source de l'image : http://icilome.com/nouvelles/news.asp?id=2010&idnews=14713

mercredi 3 mars 2010

J'irai voter

Tiens, pour une fois je n'ai assisté à aucun meeting de campagne. Les temps changent diriez-vous ! Quand on grandit, on s'assagit. On se fixe des priorités (quitte à y déroger parfois !), on réfléchit plusieurs fois avant que d'agir. Hier en fin de campagne, j'ai cherché ma carte d'électeur. Bon, je l'avais pas égarée, disons plutôt que je l'ai sortie, admirée et rangée.

Je réfléchissais sur l'opportunité de voter quand subitement, une tristesse m'envahit. Nous ne devrions pas en être là aujourd'hui si si et si... Puisque les sujets de ces conditions sont tous des Togolais, j'en viens à conclure que nous ne méritons que ce que nous avons. Un peuple n'a que les dirigeants qu'il mérite, dit-on.

Alors, demain j'irai voter pour celui qui me semble avoir le mérite de diriger le Togo durant les cinq prochaines années et celui qui mérite d'être mon Président. Et c'est lui qui va remporter la présidentielle. Plaise à Dieu ! Je ne peux rien dire de plus, n'étant pas un devin.

Devant le tribunal de l'histoire, j'assumerai fièrement mon choix, celui de ne pas m'abstenir alors que résonne quotidiennement le chant de l'abstentionnisme dont les premiers mots sont "les jeux sont déjà faits !" L'Eternel bénisse le Togo.

P.S.: Je salue le courage et le sacrifice de tous ceux qui ont battu campagne. La patrie vous sera reconnaissante.

lundi 22 février 2010

Donnez-leur du pain !

Dimanche, après le culte, j'embarque de Lomé pour Aného. Une voiture de quatre places qui prend finalement sept personnes. Surcharge ? Non, c'est la mode ! A peine avions-nous roulé sur cinq kilomètres que la politique devint le sujet de discussion général dans ce taxi. Qui va gagner ? Qui va perdre ? Qui va frauder ? Et la campagne ?

Une femme à ma droite racontait avec force détails le déroulement de la campagne dans sa localité, les distributions de billets et autres gadgets pour appâter l'électorat. Puis, elle s'étonne de cette instrumentalisation de la misère des populations en l'espace d'une campagne électorale.

C'est alors qu'un monsieur assis à côté du chauffeur, la soixantaine révolue, lança :
"Détrompez-vous, les choses ne sont pas ainsi. Enfermez un homme dans une prison pendant plusieurs jours sans le nourrir. Puis après sortez-le et mettez devant lui du pain et de l'or. Que prendra-t-il au prime abord ?"

Nous tous répondîmes qu'il prendra le pain. Il poursuit :
"L'or est plus précieux que le pain mais dans cette situation c'est ce vers le pain que le prisonnier accourra. Pourquoi ? Parce qu'à l'instant, c'est ce qu'il a de plus précieux. Tous les politiciens connaissent ce principe, c'est pourquoi ils attendent l'élection pour offrir au peuple des miettes. Celui qui propose de l'or ne rassemblera pas grand-monde. Les populations affamées s'agglutineront là où ils trouvent leur compte dans l'immédiat. Qu'importe le lendemain !"

Mon covoyageur, chercheur togolais résidant au Bénin, ayant tout dit, le débat était clos.

dimanche 21 février 2010

La chambre, le voyage et nous

L'autre jour, je me prélassais dans mon divan quand je découvre l'émission Spécial Présidentielle sur LCF. Sur le forme et la fond, rien à redire. Les sujets de discussion sont bien abordés par les invités : journalistes, juristes et leaders politiques. Chacun y prêche pour sa chapelle !

Ce jour-là, l'un des leaders politiques m'a fait sourire avec une illustration que je partagerai volontiers avec vous.
Un homme part en voyage. Dix-sept ans plus tard, il vient retrouver sa chambre. Evidemment, il y a de la poussière un peu partout, des toiles d'araignée. Bref, la chambre n'était plus habitable en l'état. Que faire ? Il crèchera ailleurs, le temps de mettre de l'ordre et de réintégrer sa demeure. Et quand tout sera redevenu normal, il invitera ses amis à venir fêter son retour dans sa chambre.
L'auteur de cette illustration comparait le Togo à la chambre et de dix-sept ans d'absence, il faisait référence à la rupture de l'aide internationale. Si l'histoire qu'il raconte s'est déroulée de la sorte, nous n'en serions pas là.

En l'espèce, l'homme de retour de voyage n'a pas cherché à faire le ménage. Il s'est installé dans la crasse. Conséquence, il n'y fait pas bon vivre. La crasse c'est la misère mais c'est aussi la corruption, le népotisme, le clientélisme et tous les autres maux qui gangrènent le Togo.

Voyez-vous, en fait de nettoyage, ce n'est pas seulement la chambre qui requiert un coup de balai mais aussi les occupants qui en avaient la charge pendant l'absence. Dont acte !

vendredi 19 février 2010

Les préfets à l'œuvre

Dans l'un des mes billets sur ce blog, je m'inquiétais du rôle que les préfets auront à jouer lors de la prochaine présidentielle. Eux qui non contents de soutenir le candidat du pouvoir, font des pieds et des mains pour empêcher les autres candidats et leurs sympathisants de battre campagne. Menaces, intimidations, pressions constituent leur modus operandi.

Personne ne devrait se réjouir de cette situation créée par le parti au pouvoir qui donne l'impression que l'administration togolaise lui appartient et qu'à la limite, être fonctionnaire au Togo équivaut à prendre une carte de membre du RPT.

Comprenez ma rage quand j'apprends qu'une radio de Bassar est victime de pression et d'intimidation de la part du préfet de la localité suite à la diffusion d'un communiqué du FRAC.

Ne nous méprenons pas entre la parole et les actes, il subsiste un énorme fossé. Je reprends ici intégralement le communiqué de la radio en guise de solidarité et de confraternité.

Communiqué

Dans la soirée du mercredi 18 février 2010, le Chef de Station et le personnel de la Radio Dawul de Bassar ont été interpelés tour à tour par le Préfet et le Président du Tribunal suite à la publication du communiqué d’un front composé de partis politiques et d’associations de la société
civile qui soutiennent le candidat d’un parti politique de l’opposition démocratique, appelant ainsi les populations à la mobilisation pour une caravane à travers la ville de Bassar.

Les deux autorités locales estiment que la radio n’avait pas reçu leur autorisation avant la diffusion dudit communiqué et que le nom d’une personnalité du front, natif de la localité, cité dans le communiqué étant écarté de la cours à la présidentielle ne devrait pas y figurer.

Nous rappelons à tous les acteurs que la Radio Dawul, est une radio associative de droit privé qui ne vit essentiellement que sur les recettes générées par ses activités et les cotisations des membres. Elle s’est donnée pour mission en ces moments délicats que traverse notre pays d’œuvrer pour préserver l’unité de ses fils et la paix civile seules gages d’un Togo meilleur pour tous.

Elle remplit toutes les conditions légales qui lui ont permis d’obtenir de la Haute Autorité de l’Audio-visuel et de la Communication du Togo (HAAC) l’autorisation de couvrir tout le processus électoral.

Rappelons que la Radio Dawul ‘’la fréquence du réveil’’ émet sur la FM 88.7 depuis la localité de Bassar située à 400 kilomètres au Nord-Ouest de Lomé la capitale. (Adresse : BP 12 Bassar- TOGO, Téléphone +228 663 01 13, Fax +228 669 40 43, E-mail rdawul@yahoo.fr).
Francisco Kossi Gbandi NAPO-KOURA, Membre du CA, Trésorier

mercredi 17 février 2010

Pour la beauté du jeu !

Hier soir, je tombe par hasard sur une émission interactive en langue de la radio Nana FM dont l'invité était Me Isabelle Améganvi, député et vice-président de l'UFC. L'honorable Isabelle se livrait à une explication de texte des dernières décisions politiques prises par l'UFC relativement au processus électoral en cours. Et surtout, elle donnait la réplique à Me Jean-Claude Homawoo, conseiller de l'UFC et vice-président de la Céni qui était passé la veille dans la même émission.

Pour la petite histoire, Me Homawoo a refusé de se retirer de la Céni alors que le lui demandaient les instances de son parti. Un refus qui avait tout l'air d'une rébellion. Le parti lui a retiré son mandat, en attendant qu'il passe devant une Commission de discipline. 100% d'accord !

Parenthèse fermée
L'un des auditeurs du jour et qui a appelé pour réagir comme d'autres était M. Bodjona. C'est moi le Ministre de l'Administration territoriale, s'est-il introduit lui-même avant de saluer les interventions de Me Améganvi. Il se réjouissait de ce que l'honorable Isabelle a refusé de donner du crédit à des rumeurs sur une intervention supposée de lui Bodjona lors du dépôt de la candidature de G. Olympio.

"Moi, mon candidat c'est Faure et je ne mêle pas des affaires de candidature dans les autres partis. C'est la Céni qui réceptionne les candidatures et ce n'est pas le travail du Ministre de l'Administration territoriale" a-t-il lâché en substance avant de s'appesantir sur quelques griefs évoqués par l'UFC pour justifier son retrait du processus électoral.

Sur le gonflement des listes électorales et l'inscription des mineurs, il m'apprend que le Code électoral offre la possibilité à tout citoyen de contester l'inscription de telle ou telle autre personne et de déposer un recours en invalidation devant la justice. Dans l'entendement de Bodjona, si l'UFC a des preuves de ses allégations, il devrait utiliser ce recours.

Je sais que la justice togolaise est ce qu'elle est. Mais quand on accepte de participer à un match, on doit aussi se soumettre aux règles. Et c'est ce qui fait la beauté du jeu. En Côte d'Ivoire (comparaison n'est pas raison), le parti Gbagbo s'est jusqu'alors appuyé sur cette possibilité offerte par le Code électoral pour invalider l'inscription de certains électeurs.

Sans soutenir dans le fond la démarche du FPI, je crois que l'UFC devrait s'en inspirer, constituer un collectif d'avocats qui se chargeront de débusquer les inscriptions frauduleuses. Concomittamment, il devrait se résoudre à rejoindre le processus tout comme le CAR et la CDPA l'ont fait suite à la satisfaction partielle de certaines exigences sur l'authentification des bulletins, le vote par procuration et le vote par anticipation des forces de l'ordre. Sauf erreur d'appréciation, l'UFC a une chance d'éviter que la petite honte ne devienne une grande.

P.S. : Au cours de la même émission, un auditeur a ouvertement demandé l'exclusion de G. Olympio de l'UFC. Un autre a appelé les membres du Bureau Politique de l'UFC a créé un nouveau parti, l'Union des Forces Démocratiques. Je me suis gratté la tête à ne pas en finir. Hum, les temps changent !

lundi 15 février 2010

Navrant, vraiment navrant

Vu de l'intérieur, le comportement de l'opposition est plus que navrant. Des gens qui t'interpellent dans la rue et veulent savoir si l'opposition a des chances réelles de gagner. Au lieu de répondre à leur question, tu es obligé de leur faire remarquer que le cafouillage savamment orchestré (marque déposée) par l'UFC et son Président, le CAR et la CDPA ne peuvent que les desservir.

Mine de rien, c'est aussi une réponse, une façon d'avouer que le parti le plus serein a de fortes chances de l'emporter, de battre à plate couture ses adversaires. Un pote avançait le chiffre de 60%. Puisse son pronostic s'avérer faux. Mais il faut le reconnaître, l'électorat est démobilisé.

Comme Ferdinand, je veux bien croire que le jeu est ouvert. Ouvert parce qu'un Front républicain pour l'alternance et le changement a vu le jour. Et que ses animateurs ne sont pas des moindres (en traîtrise, dixit un AGO)... sur l'échiquier politique. Dans l'espoir que cette ouverture, même si elle ne sert pas à grand-chose aujourd'hui, peut être capitalisée ultérieurement.

mardi 9 février 2010

Délestage

Il y eut un communiqué dans le quotidien national qui faisait état d'entretien sur le réseau électrique d'Akossombo pouvant entraîner des coupures intempestives. Ensuite, cela revenait à tout moment, un peu partout, même les weekends et sur une bonne partie de la ville et à l'intérieur du pays. De quoi se demander, s'il ne s'agit pas du délestage.

Alors, réponse hier au journal télévisé. Du bout des lèvres, le Ministre de l'Energie reconnaissait le fait. Ce matin, la voix de son maître confirme et annonce la mise en service prochaine de la Centrale thermique du Togo. Fin du premier semestre dit-il. Ce qui m'agace, c'est cette propension des autorités à vouloir dissimuler la vérité alors qu'elle se saura tôt ou tard (je parle à la manière de l'homme de la rue, ne m'en tenez pas rigueur !).

lundi 8 février 2010

Préfet, quel est ton parti ?

Il vous souvient qu'en 2005, les préfets ont joué un grand rôle (oh que si, un trop grand rôle !) lors de la présidentielle. Nous voici, à quelques semaines d'une nouvelle présidentielle. Que vont-ils faire ces messieurs à cette occasion ?

Représenter le pouvoir central dans leur préfecture, pour ne pas se répéter, disons dans leur communauté et se limiter à cela. Ou bien battre activement campagne pour le parti au pouvoir. Ou encore, mettre les bâtons dans les roues des candidats de l'opposition.

Pour anticiper sur leurs comportements, le Haut commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme les a conviés à une réflexion sur le rôle des préfets en période électorale.

Je doute qu'ils soient parvenus à une compréhension de leur rôle, d'une façon générale, et en période électorale en particulier. Conséquemment, les gens risquent de se dérober à leurs obligations et de se livrer manifestement à des activités partisanes. Le contraire m'aurait surpris et leur vaudra une fière chandelle.